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Sub umbra alarum tuarum

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15 août 2012

Exorcisme

Je t'aimais,  plus que tout, plus que tout ce qui existait et ce qui n'existait pas. Tu m'as humiliée et méprisée. Ton tour viendra. Dans cette vie ou la prochaine. Je t'aurai attendu, le temps qu'il aurait fallu. Pour toi. Pire.  Je t'avais supplié de m'attendre au temps des jours crédules. Dorénavant, je te promets de te rendre toute la douleur que tu m'as infligée. Toute. Dans ses moindres aspérités et recoins obscurs, insoupçonnables. Aussi forte. Aussi injuste. Là où ça vous brise. Genoux à terre. Anéantie et dévastée. Comme une merde.  Crois-moi je ne t'épargnerai pas. Dans cette vie ou la prochaine, ce sera à la mort. J'ai vu l'Enfer, ressenti l'horreur. Je te vomis dessus de la même manière que tu m'as craché à la gueule.

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10 juin 2011

Romaine Brooks (1874-1970)

La Casati, 1920.

romaine-brooks-la-marquise-casati-1920-a

Femme avec des fleurs ou Printemps, 1912.

romaine brooks - femme avec des fleurs, 1912 c

 

Autoportrait, 1923.

a la orilla del mar 

La France Croisée, 1914.

Romaine_Brooks_-_The_Cross_of_France

 

 

27 mai 2011

Anne Sexton

"Je te range aujourd'hui en tes plis,
Mon ivrogne, mon navigateur,
Mon gardien, premier de mes gardiens perdus,
Pour t'aimer ou te contempler, le jour venu."


 


3 mai 2011

La Casati (1881-1957)

Marchesa_Luisa_Casati

 

Par Augustus John, 1919.

Casati by Augustus John 1919

5 mars 2011

Derrière le masque

"Il est une solitude de l'espace

Une solitude de la mer

Une solitude de la Mort, mais elles

Sont société

Comparées à ce site plus profond

Cette polaire intimité

D'une âme qui se visite.-"

(E. Dickinson)


"Sans savoir pourquoi

J'aime ce monde

Où nous venons pour mourir."


Il meurt lentement

Celui qui ne voyage pas,

Celui qui ne lit pas,

Celui qui n’écoute pas de musique,

Celui qui ne sait pas trouver

Grâce à ses yeux.

  

Il meurt lentement

Celui qui détruit son amour propre,

Celui qui ne se laisse jamais aider.

 

Il meurt lentement

Celui qui devient esclave de l’habitude

Et faisant tous les jours les mêmes chemins,

Celui qui ne change jamais de repère,

Ne se risque jamais à changer la couleur

De ses vêtements

Ou qui ne parle jamais à un inconnu.

 

Il meurt lentement

Celui qui évite la passion

Et son tourbillon d’émotions,

Celles qui redonnent la lumière dans les yeux

Et réparent les cœurs blessés.

 

Il meurt lentement

Celui qui ne change pas de cap

Lorsqu’il est malheureux

Au travail ou en amour

Celui qui ne prend pas de risques

Pour réaliser ses rêves,

Celui, qui pas une fois dans sa vie,

N’a fui les conseils sensés.

 

Vis maintenant !!

Risque toi aujourd’hui !!

Agis tout de suite !!

Ne te laisse pas mourir lentement !!

Ne te prive pas d’être heureux !!

 Pablo  NERUDA


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28 février 2011

Les mains libres. Paul Eluard et Man Ray

SOLITAIREMan_Ray_Nush_Eluard_et_Sonia_Moss_

 

J'aurais pu vivre sans toi

Vivre seul

 

Qui parle

Qui peut vivre seul

Sans toi

Qui

 

Etre en dépit de tout

Etre en dépit de soi

 

La nuit est avancée

Comme un bloc de cristal

Je me mêle à la nuit.

 

FEMME PORTATIVEMan_Ray__Profile_and_Hands__1932

 

D'un effet solennel dans la solitude

 

Terrestre dérision la femme

Quand son coeur est ailleurs

 

Si ce que j'aime m'est accordé

Je suis sauvé

 

Si ce que j'aime se retranche

S'anéantit

Je suis perdu

 

 

Je n'aime pas mes rêves mais je les raconte

Et j'aime ceux des autres quand on me les montre.

 

30 janvier 2011

Contes d'Ise ou Ise monogatari

Les Ise monogatari comptent parmi les plus anciens et les plus célèbres documents littéraires que le Japon ait conservés.

Les Contes d'Ise se présentent sous la forme de 209 poèmes (des tanka en 5 vers, de 31 syllabes : 5-7-5-7-7) qui sont parfois groupés par deux, et même par trois, et enchâssés dans quelques lignes de prose pour constituer 125 anecdotes. Ces dernières n'ont entre elles aucun lien qui pourrait former la trame d'un roman. Un grand nombre de contes (mais pas tous) sont relatifs aux aventures amoureuses d'un personnage de distinction (il était petit-fils d'empereur) qui s'appelait Ariwara no Narihira et qui vécut de 825 à 880, mais on ne saurait y voir une biographie de cet homme.

Ces contes nous font partager les émotions éprouvées par l'auteur du fait de l'absence d'un être aimé, ou lorsqu'il soupire vainement après une femme inaccessible, ou lorsqu'il admire les beautés de la nature. Ils sont écrits dans un style élégant, malgré le manque de souplesse d'une langue encore peu évoluée et une concision extrême qui les rend souvent obscurs.

Contes d'Ise, Préface, p.9-11.

 

III

Si vous m'aimiez

Dans un pavillon délabré

Vous dormiriez [avec moi]

Même si pour tapis

Nous n'avions que nos manches

VII

De plus en plus,

Après les lieux que j'ai quittés

Je soupire.

Combien  je vous envie

Vagues qui revenez en arrière !

XV

Jadis, en Michinoku, un homme fréquenta la femme [la fille] d'un homme de petite condition. Comme, curieusement, elle n'avait pas l'air si commune que cela, l'homme [lui envoya ceci]:

S'il était

Pour y accéder en secret,

Un chemin,

Je pourrais voir

Le fond de votre coeur.

La femme ne trouvait pas assez d'éloges [pour un tel poème] (...).

XIX

Jadis un homme eut des relations avec une suivante des dames de la cour, mais bientôt il s'éloigna d'elle. Comme il avait son emploi dans les mêmes lieux, la fille l'apercevait souvent, mais lui, faisait comme s'il ne la connaissait pas. La fille lui envoya ces vers :

Aussi loin que les nuages qui sont au ciel

Mon amant

S'éloigne de moi.

Pourtant à mes yeux

Il apparaît souvent.

L'homme répondit :

Si comme les nuages, au ciel

Je passe

Mon temps,

C'est que sur ma montagne

Le vent est violent.

Ainsi répondit-il, parce que l'on disait que la fille avait des amants.

XX

Jadis, un homme ayant vu une femme en Yamato, se lia avec elle. Or, quelque temps après, comme il avait un emploi à la cour, il repartit pour la capitale. Sur son chemin, il cassa une très jolie branche d'érable - on était alors dans la troisième lune- et l'envoya à la femme avec ces mots :

La branche

Que j'ai cassée pour toi,

Bien que nous soyons au printemps,

A pris de l'automne

Une teinte vermeille.

Quant il fut revenu à la capitale, cette réponse lui parvint :

En un temps [si court]

Un tel changement de couleur

Se serait-il produit ?

Dans votre village

Le printemps ne paraît pas régner.

XXX

Jadis un homme adressa ceci à une dame qu'il ne rencontrait que rarement :

Le temps de nos rencontres

Ne dure qu'un éclair

Me dis-je,

Mais votre cruauté

Me paraît longue.

XXXII

Jadis, un homme qui avait été lié avec une femme lui adressa ces mots, des années plus tard :

Si du passé

On pouvait renouer

Le fil

Et faire revenir aujourd'hui

Le temps jadis !

Telles furent ses paroles, mais il est à croire que la femme ne se soucia pas de lui.

XXXV

Jadis un homme adressa ceci à une femme dont il s'était séparé bien que son coeur n'y fût pour rien.

Les fils de nos vies

En un noeud serré,

Ayant été noués,

Même après nous être séparés

Je crois que nous nous reverrons encore.

XLIII

Coucou !

Les villages où tu chantes

Sont si nombreux

Que je suis délaissé

Bien que je t'aime

LXXII

Jadis un homme ne pouvant plus rencontrer une fille de la province d'Ise dit qu'il allait se rendre dans une province voisine ; il lui en voulait beaucoup. La fille lui écrivit :

Ce qui est haïssable

Ce n'est pas le pin d'Oyodo

Qui attend

Mais la vague qui s'en va

Simplement après avoir vu la plage

CVII

J'ai les yeux perdus dans le vague,

Comme enflés par les longues pluies.

La rivière de mes larmes

Ne trempe rien que mes manches

Parce que je ne puis vous rencontrer.


C'est parce qu'elle n'est pas profonde

Qu'elle mouille vos manches,

La rivière de vos larmes

Si j'entends que votre personne même est emportée par le courant,

J'aurai confiance en vous.


Comme il m'est difficile

De vous demander si vous m'aimez

Vraiment

La pluie qui connaît mon destin

Tombe de plus en plus fort.

CXIII

Jadis un homme qui avait été laissé seul [par une femme, composa ce poème ] :

Pour m'oublier

Dans l'espace d'une vie

Qui n'est pas longue,

Quelle n'est pas la sécheresse

De votre coeur !

CXXIV

Jadis un homme composa ce poème :

Ce que je pense

Sans le dire je le garderai pour moi,

Tout simplement,

Car d'hommes éprouvant les mêmes sentiments que moi

Il n'en est pas.

CXXV

Jadis un homme se sentant malade avait l'impression qu'il allait mourir. Il composa ce poème :

Qu'à la fin

Il y eût un chemin qu'il faut suivre,

Je l'avais déjà entendu dire,

Mais je ne pensais pas

Que ce serait aujourd'hui ou demain.

 

15 janvier 2011

Haiku d'automne

Adieu-

Au-delà du brouillard

Un brouillard plus profond

 

 

2 janvier 2011

Helmut Newton (1920-2004)

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2 janvier 2011

Haikus d'Hiver

Le temps d'un souffle, le poème coïncide tout à coup avec notre exacte intimité, provoquant le plus subtil des séismes. "Ravissement soudain dans l'imprévisible". Juste un tressaillement complice.

Floraison spontanée d'une évidence, le haiku se découpe d'ordinaire sur la toile de fond d'un mot-saison (kigo). Ce mot-clé marque l'importance que les Japonais accordent aux circonstances, toujours uniques, jamais dues au seul hasard, mais bien à un lien prédestiné qui unit les êtres et les choses, et duquel découle une attention et un respect particulier envers l'autre, perçu comme le miroir de nous-même. Le haiku s'offre toujours comme une salutation (aisatsu), un hommage au moment présent.

En contrepoint à l'émotion fugitive du haiku, le kigo marque le durable de l'univers.

C'est à voix haute, comme un chant, que le haiku se lit.

Le haiku, forme poétique la plus courte du monde, se compose de trois phrases de 5, 7, et 5 syllabes, soit une seule ligne en japonais. Il remonte au tanka, "poème court" qui consiste en cinq vers de 5, 7, 5, 7 et 7 syllabes. La première partie ou hokku (5-7-5) doit évoquer la saison, la nature, tandis que la seconde (7-7) lie la scène à un sentiment ou à une émotion spécifique.

Cet art de suggérer un état intérieur sans le décrire (yûgen) est précisément considéré au Japon comme l'essence même de la poésie.

Haiku : anthologie du poème court japonais, Poésie Gallimard, 2002.

 

Matin du premier jour-

dans le poêle

quelques braises de l'an passé

(Hino Sôjô p.166)

Au milieu de la vie

au milieu de la mort

la neige sans répit

(Taneda Santôka p.171)

Là

tout simplement

sous la neige qui tombe

(Kobayashi Issa p.174)

Merveille !

pisser debout

sous un déluge de grêle !

(Kobayashi Issa p.177)

Sur son cheval

dans le vent qui cingle

l'homme au regard fixe

(Ryôkan p.178)

Concombre de mer-

tu n'as ni queue

ni tête !

(Mukai Kyorai p.187)

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